jueves, 30 de noviembre de 2017

JEAN COCTEAU: "RETRATO DE UN DORMIDO"

Traducción y notas ilustradas



Retrato de Marcel Khill dormido
Jean Cocteau trató insistentemente el tema del "amigo dormido" especialmente en su obra plástica. Así los retratos de Raymond Radiguet hechos hacia 1920 se continúan en un impulso obsesivo con los de Jean Desbordes hacia 1925 y los de Marcel Khill hacia 1935. Sin embargo es probable que la máxima expresión de ese tópico reiterativo hayan sido los 25 dessins d’un dormeur dedicados a Desbordes. Todo lo que puede intuirse y todo lo más que puede apreciarse a simple vista está contenido, por si hiciera falta, en el poema "UN AMI ENDORMI" de fecha imprecisa, aparecido en una antología personal en 1948. La siguiente es la primera versión completa en español que se difunde y pertenece a este blogger.






UN AMI ENDORMI




Tes mains jonchant les draps étaient mes feuilles mortes.
Mon automne aimait ton été.
Le vent du souvenir faisait claquer les portes
Des lieux où nous avons été.

Je te laissais mentir ton sommeil égoïste
Où le rêve efface tes pas.
Tu crois être où tu es. Il est tellement triste
D’être toujours où l’on n’est pas.

Tu vivais enfoncé dans un autre toi-même
Et de ton corps si bien abstrait,
Que tu semblais de pierre. Il est dur, quand on aime,
"Marcel Khill endormi"
De ne posséder qu’un portrait.

Immobile, éveillé, je visitais les chambres
Où nous ne retournerons point.
Ma course folle était sans remuer les membres,
Le menton posé sur mon poing.

Lorsque je revenais de cette course inerte,
Je retrouvais avec ennui,
Tes yeux fermés, ton souffle et ta main grande ouverte,
Et ta bouche pleine de nuit.

Que ne ressemblons-nous à cet aigle à deux têtes,
À Janus au double profil,
Aux frères Siamois qu’on montre dans les fêtes,
Aux livres cousus par un fil ?

L’amour fait des amants un seul monstre de joie,
Hérissé de cris et de crins,
Et ce monstre, enivré d’être sa propre proie,
Se dévore avec quatre mains.

Quelle est de l’amitié la longue solitude ?
Où se dirigent les amis ?
Quel est ce labyrinthe où notre morne étude
Est de nous rejoindre endormis ?

Mais qu’est-ce que j’ai donc ? Mais qu’est-ce qui m’arrive ?
Je dors. Ne pas dormir m’est dû.
À moins que, si je dors, je n’aille à la dérive
Dans le rêve où je t’ai perdu.

Dieu qu’un visage est beau lorsque rien ne l’insulte.
Le sommeil, copiant la mort,
L’embaume, le polit, le repeint, le resculpte,
Comme Égypte ses dormeurs d’or.

Or je te contemplais, masqué par ton visage,
Insensible à notre douleur.
Ta vague se mourait au bord de mon rivage
Et se retirait de mon cœur.

La divine amitié n’est pas le fait d’un monde
Qui s’en étonnera toujours.
Et toujours il faudra que ce monde confonde
Nos amitiés et nos amours.

Le temps ne compte plus en notre monastère.
Quelle heure est-il ? Quel jour est-on ?
Lorsque l’amour nous vient, au lieu de nous le taire,
Vite, nous nous le racontons.

Je cours. Tu cours aussi, mais à contre machine.
Où t’en vas-tu ? Je reviens d’où ?
Hélas, nous n’avons rien d’un monstre de la Chine,
D’un flûtiste du ciel hindou.

Enchevêtrés en un au sommet de vos crises,
Amants, amants, heureux amants…
Vous être l’ogre ailé, niché dans les églises,
Autour des chapiteaux romans.
De "25 retratos de un dormido" inspirados en
Jean Desbordes, 1925.

Nous sommes à deux bras et noués par les âmes
(C’est à quoi s’efforcent les corps.)
Seulement notre enfer est un enfer sans flammes,
Un vide où se cherchent les morts.

Accoudé près du lit je voyais sur ta tempe
Battre la preuve de ton sang.
Ton sang est la mer rouge où s’arrête ma lampe…
Jamais un regard n’y descend.

L’un de nous visitait les glaces de mémoire,
L’autre les mélanges que font
Le soleil et la mer en remuant leurs moires
Par des vitres, sur un plafond.

Voilà ce que ton œil intérieur contemple.
Je n’avais qu’à prendre ton bras
Pour faire, en t’éveillant, s’évanouir le temple
Qui s’échafaudait sur tes draps.

Je restais immobile à t’observer. Le coude
Au genou, le menton en l’air.
"Marcel Khill fumando opio", 1936
Je ne pouvais t’avoir puisque rien ne me soude
Aux mécanismes de ta chair.

Et je rêvais, et tu rêvais, et tout gravite.
Le sang, les constellations.
Le temps qui point n’existe et semble aller si vite,
Et la haine des nations.

Tes vêtements jetés, les plis de leur étoffe,
Leur paquet d’ombre, leurs détails,
Ressemblaient à ces corps après la catastrophe
Qui les change en épouvantails.

Loin du lit, sur le sol, une de tes chaussures
Mourait, vivait encore un peu…
Ce désordre de toi n’était plus que blessures.
Mais qu’est-ce qu’un dormeur y peut ?

Il te continuait. Il imitait tes gestes.
On te devinait au travers.
Et ne dirait-on pas que ta manche de veste
Vient de lâcher un revolver ?

Ainsi, dans la banlieue, un vol, un suicide,
Font un tombeau d’une villa.
Sur ces deuils étendu, ton visage placide
Était l’âme de tout cela.

Je reprenais la route, écœuré par le songe,
Comme à l’époque de Plain-Chant.
Et mon âge s’écourte et le soleil allonge
L’ombre que je fais en marchant.

Entre toutes cette ombre était reconnaissable.
Voilà bien l’allure que j’ai.
Voilà bien, devant moi, sur un désert de sable,
Mon corps par le soir allongé.

Cette ombre, de ma forme accuse l’infortune.
Mon ombre peut espérer quoi ?
Sinon la fin du jour et que le clair de lune
La renverse derrière moi.

C’est assez. Je reviens. Ton désordre est le même.
Tu peux seul en changer l’aspect.
Où l’amour n’a pas peur d’éveiller ce qu’il aime,
L’amitié veille avec respect.

Le ciel est traversé d’astres faux, d’automates,
D’aigles aux visages humains.
Te réveiller, mon fils, c’est pour que tu te battes.
Le sommeil désarme tes mains.
"Radiguet endormi"






























UN AMIGO DORMIDO 
(J. Cocteau; 1948)






Tus manos derramadas en las sábanas eran mis hojas secas.
Mi otoño era un amor por tu verano.
El viento del recuerdo batía las puertas 
hacia lugares que nunca visitamos.

Permito la mentira de tu dormir egoísta
donde el sueño borra tus pasos.
Crees estar en ese sueño. Qué triste
resulta estar siempre donde no estamos.

Vivías hundido dentro de otro ti-mismo
tan abstraído de tu cuerpo
que parecías piedra. Es duro para quien ama
poseer solamente un retrato.

Inmóvil, desvelado, visité las estancias
a las que nunca volveremos. 
Corría como un loco sin mover los miembros: 
el mentón apoyado sobre el puño. 

Cuando volví de esa carrera inerte,
te encontraba aburrido, tus ojos cerrados, 
tu mano y tu aliento bien abiertos,
Y tu boca rebosante de noche.

¿Acaso nos parecemos al águila de dos cabezas,
que lleva el doble perfil de Janus?
¿A los hermanos siameses que se muestran en las fiestas?
¿A los libros cosidos por un hilo?

El amor hace a los amantes un solo monstruo de alegría,
herencia de rugidos y pelaje,
y este monstruo, intoxicado por ser su propia presa,
se devora a sí mismo a cuatro manos.

¿La intimidad sólo es posible en larga soledad?
¿Qué convierte en laberinto nuestro triste estudio?
¿A dónde se dirigen los amigos?
¿Es para unirse a nosotros que se duermen?

¿Pero qué tengo? Pero, ¿qué me ocurre?
Reposo. No duermo
a menos que, si duermo, esté a la deriva
en el sueño donde te dejé perdido.

Rostro de un Dios, hermoso cuando nada lo insulta.
Dormir imita a la muerte
en embalsamar, pulir, pintar, esculpir,
como en Egipto, sus durmientes de oro.

Pero te contemplé, enmascarado por tu rostro,
insensible al dolor nuestro.
Tu ola moría al borde de mi orilla
y se apartaba de mi pecho.

La amistad sublime no está hecha para este mundo.
¿Quién se sorprende eternamente?
Y eternamente es necesario que este mundo confunda
nuestras amistades y nuestros amores.

El tiempo ya no cuenta en nuestro monasterio.
¿Qué hora es? ¿Qué día es?
Cuando el amor viene a nosotros, en lugar de callarnos,
rápidamente, nos lo contamos a nosotros mismos.

Corro. Usted también corre, pero contra la máquina.
¿A dónde va? ¿De dónde vengo?
Por desgracia, no somos esos monstruos de China,
ni esos flautistas hindúes voladores.

Enredados entre sí en una altura crítica,
amantes, amantes, amantes dichosos ...
Eres la gárgola, enclavada en las iglesias,
alrededor de las capitales románicas.

Somos dos brazos anudados por las almas
(Los cuerpos luchan por ser cuerpos).
Sólo nuestro infierno es un infierno sin llamas,
un vacío donde los muertos se buscan a sí mismos.

Apoyado cerca de la cama, vi batir en tu sien
la evidencia de tu sangre, el mar rojo 
donde mi lámpara se detiene...
Nunca mi mirada baja hasta esa playa.

Uno de nosotros visitó los hielos de la memoria,
esas otras mezclas que hacen
el sol y el mar agitando sus rastros
por ventanas, sobre el techo.

Es eso lo que tu ojo interior contempla.
Sólo tuve que tocar tu brazo para hacerlo,
y despertar y derribar el templo
como quien fue reconstruido en sábanas.

Me quedé inmóvil al verte. El codo,
rodilla, el mentón arriba.
No podría apropiarte ya que nada me conecta
con los mecanismos de tu carne.

Y soñé, y soñaste, y todo gravita:
la sangre, las constelaciones.
El tiempo que parece no existir hiendo tan rápido.
Y el odio de las naciones.

Tu ropa arrojada, los pliegues de sus cosas,
su paquete de sombras, sus detalles,
se parecía a estos cuerpos después del desastre.
¿Qué los convierte en espantapájaros?

Lejos de la cama, en el piso, uno de tus zapatos
moribundo, vivió un poco más...
Este desorden tuyo no es más que heridas.
Pero, ¿qué más puede hacer un durmiente?

Te continúa. Imitó tus acciones.
Tu desorden y yo te hemos adivinado.
Y nadie diría que la manga de tu chaqueta
ha dejado caer un revólver.

Entonces, en los suburbios, un robo, un suicidio,
inauguran una tumba en una villa.
En estos otros duelos extensos, tu cara plácida
fue el alma inspiradora.

Retomé el camino, disgustado por el sueño,
como en los días de Plain-Chant.
Y mi edad se acorta y el sol está alargando
la sombra que proyecto mientras camino.

Entre todo, es reconocible esta sombra.
Y bien, ése es el ritmo que tengo.
Y bien, antes que lo hiciera yo, en un desierto 
de arena, mi cuerpo por la noche fue estirado.

La sombra acusa la desgracia de mi forma.
¿Qué otra cosa podría esperarse de mi sombra?
De lo contrario, el final del día y la luz de la luna
asediarían a mis espaldas.

Eso es suficiente. Vuelvo. Sólo tu desorden
puede conservar tu aspecto.
Donde el amor no tiene miedo de despertar lo que ama
la amistad hará contemplar con reverencia.

El cielo está cruzado por estrellas falsas, autómatas,
de águilas con rostro humano.
Despertar, criatura mía, es para el combate.
El sueño desarma tus manos.